Liberté, Égalité, Fraternité.

Liberté, égalité, fraternité.

Liberté.

Aux sources de notre civilisation (le monde gréco-romain) la liberté renvoie à la condition de l’homme qui n’est pas esclave (servus) ou prisonnier. L’esclave est traité comme un outil inanimé. Il est uniquement considéré comme valeur d’usage et/ou valeur d’échange relativement à un marché d’esclaves. L’esclave tient sa valeur d’usage à sa capacité de travail. On comprend pourquoi pendant des siècles le travail a été considéré comme dégradant et réservé aux esclaves ou aux plus humbles de la société caractérisés par la non propriété et l’aliénation à la terre ou à la tâche. (Le servage du moyen-âge, le servage de la Russie des tsars, le servage de certain(e)s employé(e)s ou de maisons ou de certains ateliers, l’esclavage aux Etats Unis)).

Par opposition à l’esclave le maître ou le citoyen dispose librement de sa personne et participe activement à la vie de la cité. La liberté est d’abord un statut social et politique garanti par un ensemble de droits et de devoirs. Cette approche de la liberté n’est possible que dans le cadre d’une société organisée et conditionnant l’individu surgissant dans cette société qui lui préexiste. Pour les philosophes et les théologiens la liberté devient une caractéristique individuelle psychologique et morale. La liberté est une valeur et non une réalité existentielle. Pour accéder à l’existence la liberté doit passer par les fourches caudines de la vie publique politiquement garantie.

Il y aurait donc deux approches de la liberté.

Pour la philosophie classique, chez Spinoza et Leibniz par exemple, la liberté signifie l’indépendance intérieure et la capacité morale de se déterminer sous l’autorité de la raison et de l’intelligence après avoir maitrisé les passions (ce qui ne veut pas dire après avoir supprimé les passions définies comme ce qui étouffe la volonté associée à la raison).

Pour des auteurs comme Rousseau, inspirateur de la révolution française, ou comme Kant, laudateur de cette même révolution, la liberté n’est pas concevable sans la loi. La loi peut être morale, la loi morale, indissociable des lois de la raison dans son usage raisonnable pour un Kant. La loi est aussi la loi du législateur, le souverain, pourvu que ce souverain soit le peuple lui-même s’exprimant par sa volonté générale. Le peuple est défini comme l’ensemble des citoyens sur un territoire donné, à ne pas confondre avec la nation qui relève de l’histoire comme processus d’intégration créant une ou des communautés. Dans ce cadre le citoyen est législateur, il fait les lois, et le citoyen se soumet à ces lois qu’il s’est lui-même choisies. C’est la pleine liberté civile du citoyen. Cette liberté est participation active du citoyen à la vie publique.

Et il y aurait une troisième approche, plus contemporaine, ce qui ne veut pas dire qu’elle serait nécessairement plus pertinente.

Dans le monde contemporain, la liberté est associée à l’indépendance individuelle, à la protection des intérêts privés, à la liberté d’expression, à l’absence d’oppression. Cette approche de la liberté tend à soumettre la citoyenneté à des intérêts individuels ou collectifs économiquement chiffrables, au détriment d’une vision citoyenne du peuple trop souvent perçu dans cette approche contemporaine comme agent économique. Nous sommes à l’ère des droits. Et où sont les devoirs ? Du côté de l’Etat ? Du côté des citoyens ? Du côté des agents économiques ? Qu’est-ce qui font la dignité et la grandeur d’un peuple de citoyens ?

 

 

Egalité.

« Les hommes naissent libres et égaux en droits. » (Déclaration des droits de l’homme de 1789).

 

« La loi est, en principe, la même pour tous (justice, impôts, etc..).

Quelles que soient les conditions de naissance et de fortunes, chacun peut accéder aux diverses charges de l’état et même aux plus haut emplois.

La Nation garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs.

La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. ».

(Préambule de la constitution de 1946 intégré dans celle de 1958)

 

L’égalité évoquée dans le préambule est une égalité de droit et non une égalité de fait ou naturelle.

Cette égalité devant la loi s’oppose ici aux privilèges, notamment ceux qui prévalaient avant la révolution française, notamment les privilèges associés à la naissance et donc à l’héritage corellé à l’hérédité. Comme le droit d’aînesse, comme les privilèges de la noblesse face à l’impôt. Cette égalité présuppose une égalité naturelle entre les hommes, égalité non physique ou intellectuelle, mais égalité de dignité. Ce type d’égalité s’opposant aux privilèges aboutit dans les démocraties à l’égalité des droits, à l’égalité civique ou politique.

L’égalité des conditions qui est aussi l’égalité sociale marque parfois les insuffisances de l’égalité de droit. En effet, pour s’intégrer dans une cité, il est nécessaire de pouvoir financer le logement. Mais le coût du logement dans une société dominée par les revenus financiers est très rarement associé à la dignité du citoyen mais plutôt à celle du marché, économiquement déterminé par des économistes et ceux dont les intérêts s’associent à ces économistes. La voix économique et financière remplace la voix citoyenne. Cette égalité n’est donc jamais acquise. C’est une égalité sans cesse remise en cause. L’insociable-sociabilité des hommes, à savoir leur tendance naturelle à vouloir ramener à soi les gains acquis par une collectivité (par exemple une unité de production) et la tendance non moins naturelle à se rapprocher de ses semblables (voir certains élans de solidarité lors de catastrophes naturelles ou non). D’après Kant dans Idée d’une Histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique, 1784. La question de l’égalité est aussi à l’intérieur de chacun.

L’équité, du latin aequitas, égalité d’âme.

L’équité renvoie à l’esprit de justice. L’égalité selon l’esprit de justice implique chez le citoyen une disposition morale et intellectuelle en quête d’un point d’équilibre permettant de choisir entre des inégalités excluant des citoyens de la communauté faisant peuple. Face par exemple à l’impôt. Par exemple face à la richesse. L’équité est équilibre, convenance et juste mesure. Egalité devant les tribunaux.

 

 

 

Fraternité.

Du latin fraternitas : fraternité, parenté entre frères, confraternité [entre peuples].

L’origine du mot faisant appel à des liens de parenté montre que la fraternité présuppose l’appartenance à une même famille et à une même filiation. La famille dont il est question à la révolution française est celles des lumières du dix-huitième siècle : Rousseau, Diderot, d’Alembert, Voltaire …Famille agrandie en 1789 par le surgissement des « citoyens » en lieu et place des sujets du roi. Les citoyens sont donc sollicités sur leur dimension universelle : raison, sensibilité et dignité humaines. Malheureusement la mise en pratique de ces valeurs aboutira à la terreur dont celle d’un Carrier dans la région nantaise.

Cette fraternité va s’exprimer à notre époque dans des institutions de solidarités :

La sécurité sociale et son complément la mutualité, solidarité entre les biens portants et les malades. Dans une famille frères et sœurs se soutiennent dans la maladie. Ou alors il n’y a pas de famille.

Les pensions de retraite où les actifs paient pour les retraités, comme les enfants viennent en aide à leurs parents fatigués par le travail et l’éducation qu’ils ont apportés à leurs enfants. Ainsi de suite.

L’aide sociale accordée aux handicapés, aux personnes âgées, aux plus démunis. Abandonnerait-on ceux de la famille qui présenteraient un handicap mental, physique ou social ?

L’aide aux travailleurs sans emploi. Vais-je laisser un des miens (de ma famille) hors de la maison et sans nourriture ?

 

Ces marques de fraternité doivent beaucoup aux origines des christianismes par lesquels la dignité humaine est acquise pour chaque individu même si, dans l’histoire, pour certains christianismes, cette dignité passe par la conversion en la religion considérée comme la seule « orthodoxe » (la sienne, évidemment !).

Il ne faut pas oublier que pour un Robespierre, qui a instauré la fête de l’Etre suprême du 8.06.1794(Dieu sans prêtres, et sans églises), il ne saurait y avoir de citoyenneté sans référence à  des valeurs transcendantes unifiant les citoyens dans une même famille.

 

 

On peut considérer que les valeurs de la république -Liberté, Egalité, Fraternité-joue ce rôle, du moins théoriquement. Dans la pratique, il faudrait voir. Un travail sur soi de chaque « citoyen » pour se saisir comme « citoyen » devrait pouvoir réalimenter ces valeurs qu’il faut sans cesse réactualiser.

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